Colette : La Vagabonde et ses Maîtres à Moustaches

Colette : La Vagabonde et ses Maîtres à Moustaches

Les chats ont hanté la vie et l’œuvre de Colette

Si l’on devait résumer la vie de Sidonie-Gabrielle Colette, on ne pourrait passer outre sa plume acerbe, sa liberté scandaleuse et, surtout, sa passion dévorante pour les chats. Pour l’autrice de Sido et de La Chatte, l’animal n’était pas un simple ornement domestique, mais un miroir de l’âme, un égal, voire un modèle de dignité.

Une fascination charnelle et mystique

Dès son enfance dans l’Yonne, sous l’œil bienveillant de sa mère Sido, Colette apprend à observer la nature avec une précision quasi chirurgicale. Mais c’est pour le chat qu’elle développe une véritable fraternité. Elle ne se contentait pas de les aimer ; elle les étudiait, mimait leurs gestes et prétendait même parler leur langue.

Dans ses écrits, le chat n’est jamais réduit à un cliché de douceur. Il est :

  • Indépendant : Un symbole de la liberté de la femme qu’elle s’efforçait d’être.
  • Sensuel : Un être de velours et de griffes, rappelant que l’amour est aussi une affaire de peau.
  • Observateur : Un juge silencieux des travers humains.

« La Chatte » : Le chef-d’œuvre de la jalousie

Son roman le plus célèbre sur le sujet, La Chatte (1933), pousse cette passion dans ses retranchements psychologiques. Dans ce récit, une jeune mariée, Camille, se retrouve en compétition directe avec Saha, la chatte chartreuse de son mari, Alain.

Ce n’est pas une simple rivalité entre un animal et une femme, c’est le conflit entre l’amour humain, souvent décevant et possessif, et l’attachement animal, pur et absolu. Pour Colette, il n’y a aucun doute : la noblesse se trouve du côté de la bête.


Une vie de « Maman Chat »

Tout au long de sa vie, Colette s’est entourée de compagnons mémorables qui ont marqué son œuvre et son quotidien :

Nom du chatParticularité
Kiki-la-DoucetteUn chartreux immortalisé dans les Dialogues de bêtes.
SahaLa chatte bleue qui a inspiré son roman éponyme.
La Chatte DernièreSa compagne de fin de vie, qui veillait sur elle au Palais-Royal.

Elle disait d’ailleurs avec ce brin de provocation qui la caractérisait :

« À fréquenter les chats, on ne risque que de s’enrichir. »

L’héritage d’une écriture « féline »

Le style de Colette lui-même est félin. Il est souple, musclé, précis. Elle ne décrit pas un chat, elle devient le chat. Sa capacité à retranscrire le frémissement d’une moustache ou le plaisir d’un rayon de soleil sur une fourrure a fait d’elle la plus grande avocate de la cause animale en littérature française.


Même clouée par l’arthrose dans son « lit-radeau » à la fin de sa vie, elle continuait de scruter le monde avec ce regard perçant, presque jaune, qu’elle partageait avec ses protégés. Colette n’était pas une « vieille dame aux chats » ; elle était une femme libre qui avait trouvé chez les félins les seuls êtres capables de comprendre son silence.